Guilhem Valayé - Mes chiens ne dorment pas
Bon chien ne saurait dormir
Tellement lui.
Je suis très heureux d’avoir enfin l’occasion de faire figurer dans ce site cet artiste que je suis (du verbe suivre) depuis plus de 10 ans. D’abord avec son groupe, 3 Minutes sur Mer. Puis j’ai exceptionnellement regardé The Voice sur TF1 juste pour le voir. Par chance, cette parenthèse médiatique n’aura nullement enrayé son cheminement artistique et n’aura apparemment pas eu de conséquence, sinon un duo avec Zazie sur le 2e album de 3 Minutes sur Mer. Il aurait pu tomber plus mal. Puis vint la séparation du groupe, et un nécessaire rebondissement en solo. Sans bâcler, il a pris le temps de la reconstruction. Il a valayé devant sa porte. Sorti un EP d’un extrême dénuement, donné quelques concerts ici ou là. J’en fus.
Et donc cet album. Son 1er à lui tout seul. Très bon album. Tellement lui. (Me semble-t-il.) On devine beaucoup de travail là-dessous.
Spécialement lorsqu’on y remarque des associations de mots surprenantes, des mots inattendus qu’on n’entend jamais en chanson (gramophone, désherber, clapot, intempérance, embouchure, héliophile…) et dont on se demande s’ils ont été choisis pour leur sonorité ou pour leur sens. Souvent sans rime. À procéder ainsi, d’autres tomberaient vite dans le ridicule – j’en ai entendu – mais pas lui ! L’écriture de la ligne mélodique est tout aussi libre, pouvant donner parfois l’impression d’avancer un peu au hasard.
Des jeux de mots émaillent les paroles à intervalles réguliers (« égaré en double file », « des louveteaux qui se couchent tard ») jusqu’à l’hommage "Fort Adamo".
On s’évade dans une nature luxuriante avec le "koala" (son animal totem chez les scouts ?) « Tu m’as fait koala dans un nœud calypso », énonce le refrain. Eh bien ça par exemple, ça ne veut absolument rien dire, mais l’effet reste le même : on croit qu’il va dire "dans un eucalyptus"… eh non ! Contrepied surprise.
Précision de l’auteur : en dansant le calypso on forme un nœud, une étreinte. Quand je vous dis que les paroles sont méticuleuses !
Au-delà de ces quelques pirouettes, ses textes, dans un style très personnel, interrogent en creux la marche du monde de ces dernières années, que ce soit notre indifférence face au sort des migrants en Méditerranée ("Des foules") ou la gestion de la crise sanitaire et des confinements soulignant notre résignation ("Lâchetés ordinaires").
Guilhem Valayé est une voix, ou une voie, rare et précieuse dans la chanson française.
Si la voix est prépondérante dans la réalisation de l’album, un soin spécial a été accordé à l’habillage sonore (l’intro de "Nous sommes" ne jurerait pas dans un disque de Radiohead). De jolis costumes taillés sur mesure par Mathild Empereur. Par petites touches. Des « sortilèges bienheureux », nous dit la pochette. C’est exactement ça.
Avec une conscience politique aiguë en filigrane, l’esthète ne se départ pas d’un grand sens du collectif ("Des foules", "Nous sommes"). Lui c’est nous. Tellement nous.
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C’est long à apprivoiser, un album pareil. On peut, si on le souhaite, en explorer patiemment tous les recoins et y découvrir, jour après jour, de petits enchantements.
À ce train, j’imagine qu’il faudrait des mois voire des années pour arriver à capter tous les sens cachés là-dedans… c’est dire la richesse du truc ! Mais je pense qu’on peut l’aimer même sans forcément comprendre les détails. Parce que ça sonne, et résonne, et raisonne. -
Reviens-toi
Entêté
Lâchetés ordinaires -
Rieupeyroux
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La phrase
« L’amour est un service à thé qui peut se briser contre la porte » ("Entêté")
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lui
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…Et maintenant, écoutez !
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Créé le11 avril 2026


