James - Living in extraordinary times
Extraordinaire album
Le monde ne le sait pas encore, mais James vient peut-être de réaliser le meilleur album de sa carrière. Une carrière pourtant longue puisque entamée en 1982, avec un certain succès outre-Manche et des sommets comme Laid, Whiplash ou Pleased to meet you.
Car j'ai été instantanément happé par ce nouvel album. Dès la première écoute, chanson après chanson, j'ai su. Et les écoutes suivantes l'ont confirmé : j'étais en présence de quelque chose de grand, de remarquable, d'unique.
Ce groupe réussit le tour de force d'apporter encore de la nouveauté, après autant d'années à exercer. En même temps c'est toujours du James, c'est-à-dire que l'aspect expérimentation ne supplante pas l'essence des chansons. Elles restent mélodiques, chantables, agréables, entraînantes même parfois. Chacune apportant son attrait, son intérêt, sa force. Ici une trompette chicanos ("Many faces"), là des percussions tribales ("Heads"), ailleurs une rythmique d'enfer par empilement de pistes ("Hank"), autre part encore le renfort de sons électro ("Picture of this place" par exemple). Et quand je me surprends à trouver un passage un peu faible, il est rapidement effacé par le passage suivant, que ce soit dans la chanson d'après ou dans la même chanson.
Ce soir comme hier, après avoir écouté quelques titres, je me couche dans un état d'excitation tel que j'ai un peu de mal à trouver le sommeil. “Can't hope to sleep on this restless beat.” Malgré ça je sais que je vais recommencer demain. Ma drogue à moi.
Et puis la voix du leader Tim Booth, toujours si inspirée, si reconnaissable, si proche que j'ai l'impression que c'est un pote qui est en train de discuter avec moi. Évidemment, si vous n'aimez pas cette voix, vous allez avoir du mal, tant son empreinte sur le groupe est forte.
Ne croyez pas que vous serez broyés par une folle énergie désarticulée, à l'image du single "Better than that", car le groupe a aussi inclus quelques ballades dont il a le secret ("Hope to sleep", "How hard the day").
Un mot sur le livret, somptueux. Ça fleurit de partout, tout en couleurs, par-dessus une grenade mais aussi par-dessus les paroles, nous obligeant à les compléter à l'oreille – mais aussi masquant quelques 'fuck', avouons-le. Pouvoir des fleurs ?
Pas seulement. Car, à l'opposé de leur album précédent, le message est ici essentiellement politique. Excepté un texte traitant de la désolation de la rock star de ne pas voir ses enfants grandir ("Coming home (Pt.2)"). Les refrains scandés ont presque des allures de slogans.
Le brûlot "Hank" donne le ton d'entrée – “white fascists in the White House”, pas besoin de traduction –, mais c'est à partir de "Heads" que ça déconne vraiment, vous serez surpris par ce morceau. Hé ! ce n'est pas James qui déconne, c'est le monde dans lequel nous vivons ! Le « rêve américain blanc », c'est « les pauvres votent pour que des riches leur enfoncent des clous dans les pieds ». Et il n'y a malheureusement pas qu'aux États-Unis.
Tim Booth prétend que nous vivons dans une espèce d'univers parallèle, de temps extraordinaires (Living in extraordinary times) depuis la victoire de Leicester dans le championnat anglais de football, le Brexit et bien sûr l'élection de Trump. Il devient urgent de s'assurer d'avoir assez d'amour avant de se recevoir une bombe sur la tête ("Leviathan").
Le monde ne le sait pas encore, et ne le saura peut-être jamais. Le monde non. Mais maintenant vous oui.
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Souvent de pair avec la créativité, on a de la longueur. Parfois un peu trop, le combo mancunien ayant tendance à 'jammer' les fins de morceaux. Mais il faut rappeler qu'il était dans la tradition du groupe de se pointer en répète sans la moindre idée de mélodie ou de riff ou de rythme. De jouer tous ensemble et de voir ce qui en sortait. Un beau foutoir à leurs débuts mais, avec l'expérience acquise au fil des années (et malgré les remplacements de musiciens), une belle cohésion.
Plusieurs morceaux s'arrêtent abruptement ("Extraordinary times", "Coming home (Pt.2)", "Heads").
La piste 12 quant à elle comporte à la fin un petit appendice caché acoustique enregistré en extérieur, qui n'a rien à voir avec "What's it all about", mais constitue plutôt un épilogue dubitatif de l'album.
L'édition Deluxe comprend 4 titres supplémentaires plutôt intéressants : une jolie ballade de plus où Booth fait des merveilles ("Backward glances"), une rythmique qui tient la route quoique le morceau soit un peu longuet ("Moving car"), une séquelle (ou préquelle ?) du refrain de "Extraordinary times" ("Overdose") et tout de même un titre très dispensable ("Trouble"). -
Many faces
Coming home (Pt.2)
Heads -
Mask
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La phrase
« The poor vote the rich to hammer nails in their feet » ("Heads")
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eux
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…Et maintenant, écoutez !
- www.deezer.com/fr/album/69578852 (489 Visites)
- open.spotify.com/album/7naQYNSUpzEPPXoqUBv6HU (454 Visites)
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Créé le21 septembre 2018
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