Interview de Michel Françoise
Foi en l'humanité
– Je trouve ton dernier album, La main tendue, à la fois plus rock et plus politique que le précédent. C'est voulu ?
– Non, sur cet album-là rien n'est vraiment prémédité, c'est un ensemble de chansons qui s'est fait tout seul en fait. Mais plus politique, peut-être. Plus social, peut-être aussi, dans le sens où l'actualité fait qu'on se pose beaucoup de questions. On est un peu inquiet, d'autant plus quand on a des enfants. On a peur de voir des gens qui ne méritent pas leur place conduire le monde à sa perte. C'est plus un questionnement de ce style-là, un peu pessimiste, mais malgré tout en ayant foi en l'humanité. Moi j'aime les gens quand même.
– Tu te décris comme pessimiste ?
– Oui. Tant que ça restera comme ça, je n'ai pas beaucoup d'espoir sur l'avenir.
– C'est depuis toujours, ou tu l'es devenu au fil du temps ?
– C'est un peu depuis toujours, mais là c'est pire qu'avant. Je ne sais pas l'expliquer. La majorité des personnes sont des gens bien, avec des sentiments super, mais il y a quelques personnes qui veulent le pouvoir, et qui obligent les autres à se plier à des règles qui ne correspondent pas à ce qu'on veut. Nous on aime nos enfants, on aime les autres et on ne veut ni guerre ni conflit. C'est un peu naïf ce que je dis, mais c'est pourtant la vérité. Ça s'applique aux gens qui sont musulmans, qui sont juifs, qui sont… ce qu'on veut. Tout le monde aime ses enfants, tout le monde aime sa famille, tout le monde veut un simple bonheur avec les autres. Donc je ne vois pas pourquoi des mecs, sans citer de noms, prennent le pouvoir et se permettent d'envoyer les gens à la mort. C'est terrible. Et je suis gentil en disant tout ça (rires)
– Quand tu dis « des bourreaux toujours sur scène » ("Rouge sang"), tu penses à Cantat ?
– On pourrait le voir comme ça effectivement, mais je pensais plus à des gens qui devraient être en prison ou bannis de la société…
– C'est un peu le cas.
– …mais qui restent sur scène, dans la lumière, des dirigeants de pays…
– C'est plus politique finalement.
– Oui. Et puis c'est difficile de s'attaquer comme ça à des personnalités dont je ne connais pas l'histoire à fond, je ne me permettrais pas de juger. Je sais juste qu'il y a eu une mort… deux… et ça je le regrette, mais après je ne sais pas les éléments.
– Y a eu des documentaires et des enquêtes qui permettent d'avoir les éléments.
– Oui, c'est pas faux. C'est un peu troublant.
– Que raconte ta chanson "Agamemnon" ?
– C'est l'histoire toute simple de quelqu'un qui passe plus de temps à boire, à penser, à être dans le vague etc., qui n'a pas envie de s'emmerder avec une éventuelle histoire d'amour. Elle a beau être aussi jolie que la plus jolie des filles… j'en ai rien à foutre, je veux continuer ma petite vie.
– Pourquoi "Standing ovation (version 2)" ? Il y a eu une version 1 ?
– Oui, il y a eu une version 1, sur un album qu'on avait fait avec Olivier Daguerre, mon fils et Mimi à la basse. C'était un groupe qui s'appelait Datums, je dois en avoir un. (Il me tend le CD.) Il y avait cette chanson, dont j'ai changé quelques petites phrases. Et c'est pas du tout la même musique.
– Au niveau des arrangements, il y a l'écho à la fin des phrases qui rend super bien. Comment as-tu eu cette idée ?
– Je suis un petit malade de l'écho, j'ai tendance à foutre du 'delay' partout, j'adore ça. Dans celle-là je trouvais que ça sonnait particulièrement bien.
– Tu te vois sortir des albums jusqu'à quel âge ?
– Tant que j'aurai des choses à dire, et que mon corps suivra, ça pourra continuer. En ce moment je suis en train d'envisager de faire un bouquin avec les textes des chansons et des textes inédits.
– Tu n'as jamais sorti de recueil écrit ?
– Non. On m'a soufflé ça à l'oreille. Au début je disais « N'importe quoi ! » et puis en fait… Comme sur le dernier album je me suis mis à parler…
– Oui j'ai remarqué.
– …chose que je n'arrivais pas à faire jusqu'à présent, ça m'a donné envie d'aller plus loin de ce côté-là.
– La scène, les concerts, les festivals, les tournées, c'est définitivement pas pour toi ?
– Non. La dernière fois que j'ai joué quelques chansons, y a pas longtemps, à Nérac, y a un truc qui m'est venu comme ça, j'ai dit : « Je me sens aussi à l'aise sur scène qu'une paire de bretelles sur le dos d'un serpent », tu vois le genre ! Je me sens pas à ma place, dès que je parle j'ai l'impression de dire des conneries, c'est horrible. C'est affreux cette espèce de timidité, c'était à chaque fois un supplice de faire de la scène.
– C'est pas un passage obligé.
– Oui, la preuve.
– Et tu t'en es rendu compte rapidement, ou… ?
– Oui, parce que je ne prenais jamais de plaisir. C'était toujours comme si je passais un examen à chaque fois. Normalement quand on est sur scène on doit être chez soi, on doit être bien, on doit communiquer avec les gens, apporter quelque chose. Moi j'ai l'impression de réciter, de ne pas être moi-même.
– Il doit y avoir un côté acteur, forcément.
– Il doit y avoir de ça, oui. Mais y a quand même des gens qui sont réellement à l'aise. Ils ont le trac au départ, mais une fois que c'est parti on les arrête plus, ils sont vraiment chez eux, ça c'est chouette.
Je vais en refaire quand même, au mois d'avril, au Petit Théâtre de Nérac, c'est 50 places, c'est super sympa, on mange on boit, c'est entre amis alors je vais me forcer un peu.
– Tes interventions étant toujours pleines d'humour, notamment sur les réseaux dits sociaux, as-tu déjà pensé à enregistrer un album entièrement humoristique ?
– (rires) Sur mon 1er album perso, Bienvenue à bord, y avait des chansons un peu rigolotes, mais sans plus.
– "Sac de nœuds", "Drôle d'idée"… des choses comme ça. Mais toujours dans l'imagerie.
– Oui, toujours, de toutes façons. Après, y a très longtemps, à l'époque où les radios libres étaient des radios libres (!), on avait fait une émission avec un pote où là franchement on se marrait bien, c'étaient des sketchs… Ça j'aimais bien. C'est difficile de faire une chanson rigolote. Une par-ci par-là peut-être mais…
– Ça se fait.
– Oui. Faut avoir beaucoup de talent dans ce domaine, genre "Ta Katie t'a quitté" comment il s'appelait ?
– Boby Lapointe.
– Oui, ce genre.
– Oldelaf aussi.
– Je connais pas trop, mais ouais il est drôle. Mais c'est plus vraiment de la chanson, c'est presque un sketch.
– Je te propose de regarder la liste des albums chroniqués sur japprecie et d'en pointer 5 que tu apprécies particulièrement et pourquoi.
• Déjà, Aucklane, que tu m'as fait découvrir, c'est très bien. En fait c'est pas un groupe, c'est une femme, avec cette espèce d'énergie rock, y a une personnalité, c'est pas 'propre' dans le sens 'clean', variété ou je ne sais quoi.
• No Money Kids, blues-rock, c'est pas mal ça.
• Slim Paul c'est pareil, ça me dit quelque chose… [C'est un bluesman de Toulouse. (N.d.R.)]
• Eiffel, parce que Romain [Humeau] c'est plus ou moins un ami. Tu sais qu'il habite à quelques kilomètres d'ici ? Ils seront en concert ici je crois, au mois de janvier.
• Zaho de Sagazan j'avoue que sur le coup j'ai bien aimé, maintenant ça commence à m'énerver un peu à force. C'est dommage, elle est surmédiatisée, mais au départ j'aimais bien. Déjà, sa chanson, "La symphonie des éclairs", et puis sa façon d'être. Je trouve qu'elle le faisait bien, qu'elle prenait pas la tête, jusqu'au jour où on a commencé à la voir au Festival de Cannes, à je sais pas où, ras le bol quoi.
| 1 | Acoustique ou électrique ? | Électrique |
| 2 | Paroles ou musique ? | Hou la vache ! Paroles |
| 3 | Michel Polnareff ou Michel Berger ? | Berger |
| 4 | Michel Drucker ou Michel Platini ? | Platini |
| 5 | Michel Raison ou Michèle Torr ? | Michel Raison. Ah c'est un politicien ? Alors Torr |
| 6 | Bordeaux ou Toulouse ? | Toulouse |
| 7 | Football ou rugby ? | Football |
| 8 | Littéraire ou scientifique ? | Littéraire |
| 9 | Gauche ou droite ? | Gauche |
| 10 | Gainsbourg ou Bashung ? | Bashung |
| 11 | Francis ou Cabrel ? | (rires) Francis |
| 12 | Et donc, Stones ou Beatles ? | S'il fallait vraiment choisir, plutôt Beatles, pour les idées apportées en plus. |
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– Comment gères-tu le temps, la durée, dans tes chansons ?
– À vrai dire c'est pas une chose qui me traverse vraiment. Je laisse la chanson vivre. Quand on travaille surtout tout seul comme c'est mon cas – j'ai pas de réalisateur pour m'aider à avoir du recul – des fois il me faut un certain temps avant de me rendre compte que tel passage est trop long ou trop court. J'essaie de faire en sorte qu'on s'emmerde pas trop dans le déroulé d'une chanson. Le dernier album à ce niveau-là est un peu plus…
– Plus ramassé.
– Ouais.
– Y a aucune rallonge, à la trompette ou… comme le précédent.
– Non. Pourtant j'adore ça.
– Il est ramassé, et à la fin y a une petite chanson en plus, qui s'appelle "Irremplaçables", qui est très bonne et qui est très différente du reste, c'est pour ça qu'elle est après l'"Épilogue" qui referme comme ça avait commencé ?
– C'est ça.
– Qu'est-ce qui t'a poussé à rajouter ce titre au bout ?
– Premièrement, j'adore cette chanson, j'adore les petites chansonnettes comme ça qui ont l'air de rien. Et puis, ça me faisait vraiment plaisir de mettre un truc optimiste. Parce que c'est plus ma vraie nature dans la vie de tous les jours. J'ai un respect, une admiration même, pour les gens optimistes et toujours prêts à aider. C'est une leçon de vie.
– « Les gens bienveillants »
– C'est ça. J'en connais, j'ai des amis, notamment un couple. Je me suis un peu basé sur leur portrait, sans leur dire bien sûr.
– Et puis, on en parle, de la participation de Gilles Guérif ? Un ami à toi c'est ça ?
– Oui, c'est un très bon ami à moi. Un très bon musicien, il a sa patte, un petit monde assez décalé, très doux. Mais dans la vie on rigole tout le temps. -
• l'humour
• les cordes (Wagner, Mahler)
• le foot -
les ¾ des nouvelles chanteuses françaises
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La phrase
« Je me sens aussi à l'aise sur scène qu'une paire de bretelles sur le dos d'un serpent. »
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lui
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…Et maintenant, écoutez !
- michelfrancoise.bandcamp.com (132 Visites)
- www.deezer.com/fr/artist/449565 (83 Visites)
- open.spotify.com/intl-fr/artist/1ZovK90hVvg1pXlxlHGYDK (148 Visites)
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Créé le14 novembre 2025
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Propos recueillis le 22 octobre 2025.
Merci à Michel pour sa confiance et son accueil.