Interview de Dead Chic
Paysages sonores
– Dead Chic, à l'origine, c'est Damien et Andy : Damien qui craque l'allumette et Andy qui crache le feu. On peut le dire comme ça ?
Damien Félix (guitariste) – Ouais, c'est vrai.
– Comment et pourquoi avoir intégré Rémi et Mathis ?
Damien – Parce qu'on a écrit des morceaux dans le but de les jouer en live. Andy connaissait bien Rémi, et moi je connaissais très bien Mathis parce qu'on a travaillé ensemble dans un projet qui s'appelait Catfish. Et vu l'esthétique qu'on avait prise Andy et moi, on a pensé à eux très vite.
– Mathis, est-ce que Rémi et toi avez pris vos marques dans le groupe, et apportez des idées aux compositions ?
Mathis Akengin (claviériste) – Le process était particulier parce que les morceaux étaient déjà composés, en tout cas pour une heure de concert. On avait de la matière à écouter, on a pu échanger et travailler chacun de notre côté. Quand on s'est vus pour la 1re fois les 4, on était déjà dans les morceaux, les structures étaient posées. On a réarrangé ensemble, mais le corps c'était le travail de Damien et Andy au préalable. Me concernant, j'avais déjà l'habitude de travailler avec Damien, des schémas et des façons de bosser, donc ça a été assez fluide.
– Depuis l'intégration, maintenant, vous composez à 4 ou c'est toujours le noyau dur ?
Damien – Parfois y a des choses plus collectives qu'on compose à 4. Et puis tout le monde est moteur dans sa catégorie parce que dans un groupe il n'y a pas que la musique à gérer, donc tout le monde prend part avec ses compétences.
Mathis – C'est agréable de travailler avec Damien qui reste pierre angulaire des compositions, ça lui permet de garder une vision assez claire et une ligne de conduite. Sur Serenades & damnation c'est lui qui a aussi fait le travail de réalisation artistique.
– De quels instruments savez-vous jouer ?
Damien – Je suis guitariste principalement. J'ai quelques bases d'autres instruments dont je me sers pour les compositions. Un petit peu de clavier, un petit peu de batterie, de basse. Ensuite je les confie très vite à des gens dont c'est le travail.
Mathis (À Damien) – Je trouve que tu es assez humble quand même. (À moi) Il est batteur, Damien.
Damien – C'était mon 1er instrument.
Mathis – Moi, un peu comme Damien, y a quelques autres instruments que je sais à peu près toucher, la guitare, la basse, les percussions… C'est pour mes productions musicales.
– Comme claviers, y a quoi ? Piano, synthé… ?
Mathis – L'instrument principal c'est le Farfisa. C'est un type d'orgue qu'on trouvait souvent dans les années 60-70, de marque italienne. Y a un peu 3 familles : l'Hammond, le Vox et le Farfisa. Le Farfisa a un son très particulier, un peu strident, qu'on aime beaucoup, qui peut avoir ce côté un peu fantomatique. J'utilise pas mal de pédales d'effet, d'ampli etc. pour lui donner un peu de chaleur aussi. Et j'ai un synthé basse qui est un Moog Sub 25. C'est moi qui fais les basses dans le groupe, avec la main gauche.
– Pas de bassiste dans le groupe c'est par choix ?
Damien – C'est par choix, et puis on est mieux à 4 qu'à 5. Ces choix qui peuvent paraître des contraintes sont vraiment des plus pour l'abord des choses, surtout en live.
– Comme les Doors. C'est la 1re référence qui me vient dans cette configuration.
les 2 – Oui bien sûr.
– C'est important pour vous que vos chansons soient un petit peu polyglottes ?
Damien – C'est naturel. On est un groupe franco-anglais. Ça vient la plupart du temps en anglais, mais parfois il y a des échanges en français. Dans cet album y a un petit peu d'espagnol, y a du turc (Mathis est franco-turc). Je me suis beaucoup servi de musiques latines pour teinter légèrement les morceaux. Donc on s'est essayé à la langue espagnole, plus comme une peinture, comme un ingrédient.
– On dit souvent de votre musique qu'elle est cinématographique. C'est quoi, pour vous, une musique cinématographique ?
Damien – C'est une musique qui te met dans une espèce d'atmosphère, et où tu peux te situer dans des pays. Pour moi c'est lié aux paysages ou aux ambiances. C'était d'ailleurs notre façon de composer tout au départ avec Andy. Lui habite à Londres, moi dans le Jura : on s'échangeait des images, des visuels, pour s'inspirer.
– Êtes-vous cinéphiles ?
Damien – Pas plus que ça.
Mathis – On est normaux quoi. (rires)
Damien – Quand même un petit penchant pour Ennio Morricone, une assez grosse référence. Ce n'est pas une connaissance pointue, je ne pourrai pas te parler 2 heures de cinéma. Mais par contre l'aspect visuel de la musique est important.
– Sur votre album, il y a un fabuleux duo avec une chanteuse turque, Tuğçe Şenoğul, qui a une voix très sexy. Comment l'avez-vous rencontrée ?
Mathis – Je suis d'origine turque, j'y vais assez régulièrement, mes parents habitent là-bas. Ça fait un moment que je m'étais aperçu qu'il y a une scène rock très développée là-bas, notamment indie rock. Ça m'a fait me dire que j'aimerais qu'on vienne jouer avec Dead Chic et qu'on se développe là-bas. Et ça m'a fait m'intéresser à des artistes avec qui collaborer. Quand j'y ai passé 1 mois il y a 1 an ou 2, j'ai envoyé à Damien un tas d'artistes que je découvrais ou que je rencontrais sur place. On a monté des playlists pour avoir le déclic sur quelqu'un, et la voix de Tuğçe nous a parlé à tous les 2, notamment sur un morceau à elle. On lui a proposé de faire quelque chose ensemble et elle a accepté tout de suite. C'était super riche et assez inattendu. Elle ne fait pas forcément du rock mais on avait quand même des similitudes.
Damien – Ce titre sur lequel on a flashé avait ce côté un peu cinématographique, cette façon de transporter l'auditeur. Le titre s'appelle "Kaptan" (capitaine), y a ce truc de mers, de grands horizons… qui pourrait s'appliquer sur pas mal de nos titres sur cet album-là.
– Vous allez jouer là-bas ?
les 2 – On espère ! C'est en projet.
– Quels sont vos projets parallèles (anciens groupes pas officiellement arrêtés, carrières solo) ? J'ai vu, Mathis, que tu avais sorti un single le 4 juin, "First floor".
Mathis – C'est un projet qui est très récent. Naissant. C'est quelque chose que je voulais faire depuis un moment, je me lance dans l'aventure. Y a aussi bien du piano solo pop, que des morceaux un peu plus puissants. Je me range un peu dans l'indie pop, je suis influencé par des artistes comme Patrick Watson, Agnes Obel ou Jeanne Added. Ce single a été co-écrit avec Damien. On ne se quitte pas. (rires)
Damien – J'ai toujours un groupe de pop anglaise qui s'appelle Bigger…
– …que j'ai vu, en 2022.
Damien – Oui je me rappelle cette date, avec Animal Triste. On se remet à écrire avec Kevin, le chanteur, qui est irlandais. Et je fais aussi beaucoup de musique pour le théâtre, un milieu qui est assez nouveau et qui me fait voyager aussi. Ce sont des projets étonnants. Et je fais toujours appel à Mathis à un moment pour mettre un joli coup de vernis sur mes productions.
Mathis – On se concerte énormément.
– Vous pouvez me parler des projets parallèles des autres membres ?
Damien – Rémi Ferbus est un batteur occupé, parce qu'il est doué. Il joue avec Martin Luminet, Kimberose, Naya. Il a joué avec Zaho, avec Mika. Et à côté de ça il s'occupe de sa famille comme un chef.
Mathis – Oui c'est quelqu'un qui est assez impressionnant, sur sa rigueur… Je ne vais pas le dire trop fort, parce que je crois qu'il est arrivé, il est à côté.
Damien – Et Andy a tourné longtemps dans le duo Heymoonshaker. Sinon il travaille dans le cinéma à Londres, dans la partie décor.
Mathis – Il a aussi un projet solo, avec lequel il fait quelques dates en France de temps en temps, en guitare-voix et c'est très chouette.
– Dans le même style ?
Damien – Oui, mais très dépouillé. Guitare-voix, pas mal de blues, folk.
Mathis – Y a de l'impro aussi. C'est vivant.
– Ça veut dire que vous devez mettre en pause un projet pour passer sur un autre ?
Damien – C'est un peu parallèle. On jongle avec les dates, on s'en sort.
Mathis – Y a des périodes qui sont plus denses que d'autres.
– Le 2e album de Dead Chic est en préparation ?
Damien – Il est en cours. Y a plusieurs pistes. On prévoit d'ailleurs de faire des bonnes grosses sessions d'écriture bientôt. On est en train d'essayer de définir quel pourrait être le cadre, le paysage sonore.
– Je vous propose de regarder la liste des albums chroniqués sur japprecie et d'en pointer 5 que vous appréciez particulièrement.
• Puts Marie
• Solann
• Hania Rani
• Gliz (les copains)
• Other Lives
– Avez-vous d'autres artistes à suggérer aux japprecinautes ?
Damien – Aujourd'hui j'ai écouté un album que je ne connaissais pas, mais je pense qu'il n'a pas besoin de coup de pouce, c'est Damien Jurado, qui fait une très belle folk. L'album c'est Brothers and sisters of the eternal son.
Mathis – En ce moment j'écoute vraiment des choses très très diverses. Mais je dirais un album de Patrick Watson qui s'appelle Adventures in your own backyard, c'est mon disque de chevet.
| 1 | Scène ou studio ? | On a le droit de ne pas choisir ? live… donc studio ! |
| 2 | Ombre ou lumière ? | Lumière |
| 3 | Jimi Hendrix ou Jimmy Page ? | Jimmy Page |
| 4 | Europe ou Amérique ? | Europe |
| 5 | Sucré ou salé ? | Salé |
| 6 | Thé ou café ? | Café |
| 7 | Dur ou Doubs ? | Doubs (Mathis), dur (Damien) |
| 8 | Mer ou montagne ? | Montagne (Damien), mer (Mathis) |
| 9 | Kurt Cobain ou Harlan Coben ? | Kurt Cobain |
| 10 | Ambiance ou histoire ? | Ambiance |
| 11 | Gauche ou droite ? | Gauche |
| 12 | Et donc, Stones ou Beatles ? | Beatles (Damien), Stones (Mathis). |
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– Comment gérez-vous le temps, la durée, dans vos chansons ?
Damien – La base c'est le tempo. Je travaille beaucoup de tempos lents, donc forcément on arrive avec des chansons qui font difficilement moins de 3 minutes. Finalement notre écriture reste une écriture pop, avec des schémas assez standard, une structure similaire, donc le tempo va décider de la longueur. Pas que ça, parce qu'après on peut développer une chanson pendant longtemps, faire des longs ad lib etc.
Mathis – Dans d'autres projets on a été amenés à faire des chansons qui pouvaient durer très longtemps. Faut que ce soit la chanson qui appelle ça, je ne pense pas qu'à un moment on se dit « On va faire une chanson longue » ou « On va faire une chanson courte ».
– Et dans vos concerts ?
Mathis – Ça c'est différent. Faire durer les choses.
Damien – On aime bien faire ça. On arrange pas mal nos morceaux pour le live. On essaie de créer des passages particuliers, parce qu'on considère que le live doit être une expérience unique. Pour nous bien sûr, et pour les auditeurs. -
Damien :
• la pêche
• le ski de fond
• les bons moments avec des amis
Mathis :
• la bouffe (turque en particulier)
• danser
• la fermentation -
les réseaux sociaux (Damien), les dentistes (Mathis)
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La phrase
« Dans un groupe il n'y a pas que la musique à gérer. »
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euxwww.facebook.com/deadchic (103 Visites)
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…Et maintenant, écoutez !
- uptonpark.bandcamp.com/album/serenades-damnation (128 Visites)
- www.deezer.com/fr/artist/153945262 (124 Visites)
- open.spotify.com/intl-fr/artist/4hCjCdMZF65nKTdjsPUvfh (148 Visites)
- www.youtube.com/@deadchic_ (109 Visites)
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Créé le10 juillet 2025
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Propos recueillis le 14 juin 2025.
Merci à Dead Chic, à Virginie Bellavoir et à l'Unisson.